Interdiction des cryptomonnaies par la Banque centrale d'Égypte : cadre légal et application

Interdiction des cryptomonnaies par la Banque centrale d'Égypte : cadre légal et application oct., 17 2025

Calculateur de Sanctions Cryptomonnaies en Égypte

L'Égypte a interdit les cryptomonnaies en 2020 avec la Loi n° 194/2020. Ce calculateur estime les sanctions potentielles selon le type d'activité et le montant impliqué. Les sanctions réelles peuvent varier selon la situation spécifique et l'interprétation des autorités.

Depuis 2020, l’Égypte se démarque dans le Moyen‑Orient en imposant une interdiction cryptomonnaies Egypte stricte. La Banque centrale d’Égypte (BCE) a inscrit le bannissement des monnaies numériques dans le cadre du Loi n°194/2020, le texte phare qui régit le système bancaire égyptien et prohibe toute émission, échange ou promotion de cryptomonnaies sans autorisation préalable. Cette mesure, soutenue par une fatwa islamique de 2018, crée une barrière juridique et religieuse qui rend l’adoption de Bitcoin, Ethereum ou tout autre jeton virtuel quasi impossible dans le système financier national.

Cadre juridique de l’interdiction

La Banque centrale d'Égypte, autorité monétaire responsable de la stabilité financière du pays a publié plusieurs circulaires rappelant que toute opération liée aux cryptomonnaies constitue une violation de la Loi n°194/2020, qui prohibe explicitement l’émission, la transaction, la promotion et la publicité de ces actifs numériques. Le texte prévoit des sanctions disciplinaires pour les établissements bancaires, les sociétés de services financiers et même les particuliers qui agiraient sans autorisation.

En pratique, le texte ne précise pas de peine pénale détaillée, mais il donne aux autorités monétaires le pouvoir d’interdire l’accès aux infrastructures financières, d’imposer des amendes et de retirer les licences d’exploitation. Le manque de précision quant aux sanctions réelles a créé une zone grise, mais l’effet dissuasif reste fort grâce aux avertissements publics répétés par la BCE.

Le poids de la fatwa de 2018

En plus du cadre civil, l’Égypte s’appuie sur une décision religieuse : la fatwa de 2018 déclarant les cryptomonnaies comme haram (interdites) selon la charia. Cette opinion, émise par le Conseil suprême de la charia, aligne la régulation étatique avec les principes religieux majoritaires du pays. Ainsi, même si un investisseur n’est pas directement soumis à la loi bancaire, il risque d’être jugé non conforme aux normes religieuses, ce qui décourage fortement toute activité liée aux actifs numériques.

Mécanismes d’application et défis concrets

La BCE a mis en place un dispositif de surveillance basé sur trois axes:

  1. Publication régulière d’avertissements et de bulletins destinés aux banques et au grand public, rappelant les risques de perte de capital, de volatilité et de blanchiment d’argent associés aux cryptomonnaies.
  2. Contrôle des comptes bancaires - les institutions financières doivent déclarer toute transaction suspecte impliquant des portefeuilles ou des exchanges étrangers.
  3. Collaboration avec les autorités judiciaires et les services de renseignement pour identifier les réseaux Peer‑to‑Peer (P2P) qui contourneraient les canaux bancaires.

Malgré ces mesures, plusieurs rapports - notamment le «Egypt Investment Climate Statement» du Département d’État américain 2025 - soulignent une application «floue». Le caractère décentralisé des blockchains rend la traçabilité difficile, et certaines plateformes peer‑to‑peer continuent d’opérer depuis l’étranger, accessibles via VPN ou applications de messagerie. Le manque de sanctions publiques documentées renforce l’impression d’une réglementation davantage axée sur la dissuasion que sur la répression active.

Un conseil religieux émet une fatwa déclarant les cryptomonnaies haram, entouré de symboles crypto brisés.

Cas pratiques: ce qui a réellement été sanctionné

Les informations disponibles restent rares. Les dossiers judiciaires les plus cités concernent des fonds d’investissement qui ont tenté d’intégrer des produits dérivés basés sur Bitcoin dans leurs portefeuilles. La BCE a ordonné le gel des comptes concernés et infligé des amendes administratives. Aucun cas de prison n’a été rendu public, ce qui indique que l’autorité privilégie les mesures financières immédiates.

Adoption sélective de la blockchain

Paradoxalement, l’Égypte ne rejette pas la technologie sous‑jacente. Le gouvernement a mis en œuvre la blockchain dans le système ACI, Advanced Cargo Information, utilisé aux douanes pour sécuriser le suivi des marchandises. Cette solution a réduit les fraudes douanières de≈30% depuis son déploiement en 2022.

De plus, plusieurs projets pilotes explorent des usages non monétaires: registre foncier numérique, gestion de l’identité, optimisation de la chaîne d’approvisionnement dans le secteur logistique, et même des solutions de transfert de fonds transfrontaliers basées sur la technologie de registre distribué. La BCE, tout en maintenant le «bannissement», finance des études de faisabilité pour un éventuel «CBDC» (monnaie numérique de banque centrale) qui serait totalement contrôlé par l’État.

Tableau récapitulatif des messages de la BCE vs. actions d’application

Comparaison des communications officielles de la BCE et des mesures concrètes prises (2020‑2025)
Année Message officiel Action d’application
2020 Interdiction totale des cryptomonnaies, avertissement sur les risques de perte de capital. Obligation pour les banques de bloquer tout transfert vers des exchanges non agréés.
2021 Renouvellement de l’avertissement, mention de la fatwa de 2018. Amende de 500000EGP infligée à un fonds d’investissement pour tentative d’offre de produits basés sur Bitcoin.
2023 Alerte sur les plateformes P2P et les VPN. Collaboration avec les forces de l’ordre pour démanteler une salle de trading clandestine à Alexandrie.
2025 Message de la BCE mettant en avant les avantages de la blockchain pour les douanes. Lancement d’un programme pilote de registre foncier blockchain, sans lien avec les cryptomonnaies.
Des camions douaniers égyptiens affichant un hologramme de registre blockchain pour le suivi des marchandises.

Perspectives d’évolution

À moyen terme, l’interdiction devrait rester en place tant que les autorités ne perçoivent pas les cryptomonnaies comme un risque majeur pour la stabilité monétaire. Cependant, plusieurs forces pourraient influer sur une révision éventuelle:

  • Pressions internationales: les partenaires commerciaux et les institutions financières mondiales encouragent une approche plus cohérente avec les standards anti‑blanchiment.
  • Demande des diaspora: les Égyptiens vivant à l’étranger utilisent les stablecoins pour les transferts de fonds, poussant les régulateurs à envisager des solutions légales.
  • Évolution technologique: les CBDC ou les tokens sécurisés par la BCE pourraient offrir une alternative contrôlée, rendant le bannissement absolu moins pertinent.

Pour l’instant, la BCE mise sur l’éducation du public, la surveillance accrue des institutions financières, et la promotion de la blockchain à des fins publiques. Le contraste entre le «bannissement» de la crypto‑monnaie et l’«adoption» du registre distribué est un trait distinctif de la stratégie égyptienne.

Conclusion pratique

Si vous êtes investisseur ou entrepreneur, la règle d’or est: ne tentez aucune activité liée aux cryptomonnaies via les canaux bancaires égyptiens. Les sanctions financières sont réelles, et la pression sociale via la fatwa rend le risque juridique encore plus élevé. En revanche, explorer les opportunités de la blockchain dans la logistique, la gestion foncière ou les projets de CBDC reste une piste viable, surtout si vous collaborez avec des entités publiques déjà validées.

Questions fréquentes

Quel est le principal texte qui interdit les cryptomonnaies en Égypte?

C’est la Loi n°194/2020, qui intègre l’interdiction de toute émission, échange ou promotion de cryptomonnaies sans autorisation de la Banque centrale d’Égypte.

Quelles sanctions peuvent être appliquées aux contrevenants?

Les sanctions varient: gel des comptes, amendes administratives (jusqu’à plusieurs centaines de milliers de livres égyptiennes) et retrait de licences d’exploitation pour les institutions financières. À ce jour, aucune peine de prison n’a été rendue publique.

La fatwa de 2018 impacte-t-elle les investisseurs non musulmans?

Indirectement, oui. Bien que la fatwa s’applique aux principes religieux, elle renforce le climat de désapprobation et décourage les acteurs économiques, quelle que soit leur confession, d’agir dans le domaine des cryptomonnaies.

L’Égypte utilise‑t‑elle la blockchain dans d’autres secteurs?

Oui: le système ACI aux douanes, des projets pilotes de registre foncier, la gestion d’identité numérique et des études de faisabilité pour un CBDC sont en cours. Ces initiatives sont séparées de la réglementation stricte sur les cryptomonnaies.

Quel avenir pour l’interdiction? Une évolution est‑elle probable?

À moyen terme, l’interdiction restera en place. Toutefois, les pressions internationales, les besoins de la diaspora et le développement de CBDC pourraient pousser la BCE à créer un cadre plus nuancé, sans pour autant autoriser les cryptomonnaies classiques.

24 Commentaires

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    BACHIR EL-KHOURY

    octobre 17, 2025 AT 08:12

    L'interdiction crée vraiment un gros vide pour l'innovation fintech.

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    Mathisse Vanhuyse

    octobre 22, 2025 AT 18:47

    Je trouve ça fascinant comment une décision juridique peut façonner l'écosystème numérique. La fatwa ajoute une couche religieuse qui complique encore plus les choses. Malgré les restrictions, certains voient une opportunité de développer des solutions de blockchain non financières.

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    Jean-Léonce DUPONT

    octobre 28, 2025 AT 04:22

    En pratique, les banques sont tenues de bloquer tout transfert vers des plateformes non agréées. Cela limite sévèrement les utilisateurs ordinaires.

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    Andy Baldauf

    novembre 2, 2025 AT 14:57

    C’est vrai, la BCE a mis en place un système de surveillance assez pointu. Les institutions doivent déclarer chaque mouvement suspect, sinon c’est la porte ouverte aux sanctions. Même si ça parait lourd, c’est le prix à payer pour garder le contrôle.

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    James Schubbe

    novembre 8, 2025 AT 01:32

    On dirait qu'ils veulent juste surveiller tout le monde, même les petites transactions. 😐

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    Filide Fan

    novembre 13, 2025 AT 12:07

    Effectivement, la multiplication des avertissements, les bulletins réguliers, les publications officielles, tout cela forme un vrai labyrinthe de règlementations, qui décourage naturellement les acteurs non conformes.

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    Mariana Suter

    novembre 18, 2025 AT 22:42

    Il faut garder à l’esprit que l’État veut protéger la stabilité monétaire. C’est une logique qu’on retrouve dans plusieurs pays.

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    Jeroen Vantorre

    novembre 24, 2025 AT 09:17

    Le cadre réglementaire, en adhérant aux standards AML/KYC, crée un environnement de conformité ultra-rigide, où les « sandboxes » sont quasiment inexistantes.

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    Veerle Lindelauf

    novembre 29, 2025 AT 19:52

    Le projet de registre foncier blockchain a déjà montré un impact positif sur la réduction des fraudes. C’est une preuve que la technologie peut être utilisée sans les cryptomonnaies.

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    Stéphane Couture

    décembre 5, 2025 AT 06:27

    Mais on ne peut pas ignorer le fait que la même autorité qui encourage la blockchain dans les douanes, interdit carrément le Bitcoin. C’est un double standard qui me rend furieux.

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    Julie Collins

    décembre 10, 2025 AT 17:02

    J’ai lu que les diaspora égyptiennes utilisent surtout les stablecoins pour les transferts. C’est un moyen d’éviter les frais bancaires élevés, même si c’est techniquement « interdit ».

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    Anne-Laure Pezzoli

    décembre 16, 2025 AT 03:37

    Je comprends que la pression sociale et religieuse pousse les gens à rester prudents. C’est une dynamique très puissante dans le contexte local.

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    Denis Enrico

    décembre 21, 2025 AT 14:12

    Il faut se méfier des influences étrangères qui essaient de pousser la crypto comme un moyen de déstabilisation économique. Le gouvernement veille déjà à ce que rien ne s’échappe.

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    kalidou sow

    décembre 27, 2025 AT 00:47

    Les autorités égyptiennes collaborent étroitement avec la police financière pour traquer les plateformes P2P. C’est une démarche sévère mais nécessaire selon les experts en conformité.

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    Juliette Kay

    janvier 1, 2026 AT 11:22

    Il est pertinent de se demander si l’interdiction restera permanente, même si les pressions internationales augmentent.

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    Anais Tarnaud

    janvier 6, 2026 AT 21:57

    La contradiction entre la promotion de la blockchain et le bannissement des cryptomonnaies est tout simplement hypocrite. On ne peut pas applaudir la technologie tout en en bouffant les applications les plus visibles.

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    isabelle monnin

    janvier 12, 2026 AT 08:32

    Si vous cherchez à éviter les sanctions, il vaut mieux rester dans les cadres légaux et explorer les projets de registre public soutenus par le gouvernement.

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    M. BENOIT

    janvier 17, 2026 AT 19:07

    C’est pourtant le moment idéal pour pousser des initiatives locales, mais le climat réglementaire décourage tout lancement audacieux.

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    Neil Deschamps

    janvier 23, 2026 AT 05:42

    L’évolution du cadre juridique égyptien depuis 2020 montre une volonté claire de contrôler l'espace numérique. La Loi n°194/2020 a été rédigée avec précision pour interdire toute forme d’émission de crypto, tout en laissant la porte ouverte à la technologie sous‑jacente. Cette double approche permet à l’État de se positionner comme acteur moderne sans perdre son autorité monétaire. Les bulletins de la BCE, publiés chaque trimestre, rappellent sans cesse aux institutions financières les risques associés aux actifs numériques. En pratique, les banques doivent mettre en place des systèmes de détection de transactions suspectes, ce qui implique des coûts technologiques importants. Certaines banques ont même dû licencier du personnel pour se conformer aux exigences de reporting. Le manque de précision sur les sanctions pénales crée une zone grise qui, paradoxalement, renforce la dissuasion. Les amendes administratives, parfois plusieurs centaines de milliers d’euros, sont la sanction la plus courante. Aucun prisonnier n’a encore été enregistré, ce qui suggère que les autorités préfèrent le levier financier. Par ailleurs, la coopération avec les services de renseignement permet de suivre les flux transfrontaliers via VPN. Les plateformes P2P, souvent basées à l’étranger, restent toutefois difficiles à éradiquer complètement. Le gouvernement a donc lancé plusieurs projets pilotes de blockchain dans les douanes, le registre foncier et la gestion d’identité, montrant que la technologie n’est pas rejetée en soi. Cette séparation entre usage « utile » et usage « spéculatif » reflète une vision stratégique, mais elle crée aussi de la confusion parmi les acteurs du marché. Les investisseurs étrangers, voyant le potentiel de la blockchain égyptienne, restent prudents, craignant une éventuelle répression. En fin de compte, la politique égyptienne sur la cryptomonnaie est un mélange de contrôle strict, d’ambition technologique et de considérations religieuses, qui façonne un paysage unique dans la région.

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    Jean-Philippe Ruette

    janvier 28, 2026 AT 16:17

    Cette analyse montre à quel point les intentions de l’État peuvent être à la fois protectrices et restrictives, créant un paradoxe intéressant.

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    valerie vasquez

    février 3, 2026 AT 02:52

    Il est essentiel de souligner que les initiatives de registre foncier blockchain ont déjà permis de réduire les fraudes d’environ trente pour cent, un chiffre qui mérite d’être célébré.

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    Alain Leroux

    février 8, 2026 AT 13:27

    Je trouve néanmoins que l’interdiction totale pourrait freiner l’innovation locale, même si les intentions sont bonnes.

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    Marcel Roku

    février 14, 2026 AT 00:02

    En revanche, l’idée d’un CBDC contrôlé par la BCE pourrait offrir un compromis entre souveraineté monétaire et modernité.

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    Jean-François Kener

    février 19, 2026 AT 10:37

    Le dialogue entre les régulateurs et les acteurs technologiques doit être renforcé afin d’éviter les malentendus et de promouvoir des solutions équilibrées.

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