Nigeria's crypto banking ban reversal: 2021 to 2025 timeline
janv., 26 2026
De l’interdiction totale à la régulation : le parcours de la crypto au Nigeria (2021-2025)
En février 2021, la Banque centrale du Nigeria (CBN) a interdit à toutes les banques commerciales de traiter les transactions en crypto-monnaie. L’objectif ? Couper l’oxygène à un marché qui, selon les autorités, menaçait la stabilité financière. Ce n’était pas une simple mise en garde. C’était une interdiction totale. Les comptes bancaires des échanges de crypto ont été gelés. Les clients ont été bloqués. Les développeurs ont été mis au ban. Et pourtant, les Nigérians ont continué à acheter, vendre et échanger des bitcoins, des Ethereum et d’autres actifs numériques - par des canaux informels, en pair-à-pair, en cash, via des applications mobiles. Le marché a survécu. Il a même explosé.
En 2022, le Nigeria était le deuxième pays au monde en volume de transactions peer-to-peer en crypto. Plus de 30 % des Nigérians avaient déjà acheté une crypto-monnaie. Les banques avaient beau dire non, les gens trouvaient un moyen. Et ça, c’était un problème pour les autorités. Parce qu’un interdit que personne ne respecte n’est plus un interdit - c’est une faille.
Le tournant : quand la CBN a commencé à reculer (fin 2022)
En fin d’année 2022, quelque chose d’inattendu s’est produit. La CBN n’a pas annoncé de changement officiel. Pas de communiqué. Pas de déclaration publique. Mais les banques ont commencé à rétablir des relations avec certaines entreprises de crypto, discrètement. Les comptes ont été rouverts. Les transferts ont repris. Mais seulement pour quelques acteurs. Et sous silence. Pourquoi ? Parce que le Nigeria traversait une crise de change. Les réserves de devises étrangères s’épuisaient. Les importations chutaient. Et les Nigérians utilisaient les crypto-monnaies pour contourner les restrictions sur le dollar. Les autorités ont compris : interdire la crypto, c’était interdire un outil économique essentiel pour des millions de citoyens.
Le message était clair : l’interdiction ne fonctionnait pas. Il fallait passer à autre chose.
La révolution : l’abrogation officielle du ban (décembre 2023)
Le 15 décembre 2023, le nouveau gouverneur de la CBN, Olayemi Cardoso, a annoncé la levée complète de l’interdiction de 2021. Ce n’était pas un retour en arrière. C’était une révolution. Les banques pouvaient désormais ouvrir des comptes aux entreprises de crypto - mais uniquement si elles étaient licenciées par la Securities and Exchange Commission (SEC) du Nigeria. Pour la première fois, la crypto n’était plus un activité clandestine. Elle devenait une activité régulée.
La CBN a aussi imposé des règles strictes : pas de retraits en espèces depuis les comptes crypto. Des limites de transaction prudentes. Des rapports obligatoires. Et surtout : pas de service bancaire sans licence SEC. Ce n’était pas une libéralisation totale. C’était une mise en cadre. Un système où l’innovation était autorisée, mais sous surveillance.
La loi qui a tout changé : l’Investments and Securities Act 2025
La réforme de décembre 2023 était un pas important. Mais ce n’était pas suffisant. La crypto restait dans une zone grise juridique : on pouvait l’acheter, mais pas la banquer. En mars 2025, le Parlement nigérian a adopté l’Investments and Securities Act (ISA) 2025. Ce texte a transformé la crypto en actif financier reconnu. Désormais, les crypto-monnaies sont classées comme des valeurs mobilières. Elles tombent sous l’autorité de la SEC. Les plateformes doivent obtenir un certificat de VASP (Virtual Asset Service Provider). Les fournisseurs de services doivent mettre en place des systèmes KYC et AML. Les utilisateurs doivent déclarer leurs transactions au-delà d’un certain seuil.
Ce n’était pas une loi pour encourager la spéculation. C’était une loi pour protéger les investisseurs. Pour lutter contre le blanchiment. Et pour permettre au Nigeria de sortir de la liste grise du GAFI - ce qui, selon le FMI, pourrait libérer des milliards de dollars d’aide et d’investissements étrangers.
Les acteurs clés : qui a profité de la réforme ?
Les grandes plateformes ont réagi vite. Yellow Card, basée en Afrique, a annoncé son intention de demander une licence au Nigeria. Coinbase, le géant américain, a signé un accord pour étendre ses services à 20 pays africains, avec le Nigeria comme point d’ancrage. Des startups locales ont commencé à recruter des équipes juridiques et techniques pour se conformer aux nouvelles normes.
Mais tout n’est pas rose. Un dirigeant d’entreprise de crypto, resté anonyme, a dit à Semafor Africa : « Il n’y aura pas autant de licences qu’on le pense. » Les autorités ne veulent pas d’un désordre de plateformes. Elles veulent quelques acteurs solides, bien encadrés. Les petites plateformes, les exchange P2P non enregistrés, pourraient être éliminés.
Les tensions persistantes : Binance, sécurité nationale et peur du contrôle
Malgré la réforme, les autorités n’ont pas complètement changé d’avis sur la crypto. En mars 2024, deux cadres de Binance ont été arrêtés pour suspicion de transferts d’argent non traçables. En mai, le conseiller à la sécurité nationale a évoqué la possibilité de déclarer la crypto « menace pour la sécurité nationale ». Pourquoi ? Parce que les transactions P2P restent largement non régulées. Elles sont la porte d’entrée pour 80 % des Nigérians. Et elles échappent aux systèmes de contrôle bancaire.
Les autorités veulent contrôler le système, mais elles ne veulent pas perdre le contrôle. C’est cette tension qui définit encore aujourd’hui la politique crypto au Nigeria : acceptation formelle, mais surveillance constante.
Les défis qui restent : les limites floues et les questions sans réponse
Le cadre juridique est en place. Mais beaucoup de détails manquent encore.
- Quel est le seuil exact de déclaration des transactions ?
- Faut-il déclarer chaque achat de BTC, même de 50 dollars ?
- Les wallets personnels sont-ils soumis aux mêmes règles que les plateformes ?
- Les Nigérians qui utilisent des applications étrangères (comme Binance ou Kraken) sont-ils en infraction ?
Les réponses à ces questions n’ont pas encore été publiées. Ce vide juridique crée de l’incertitude. Les entreprises hésitent à investir. Les utilisateurs craignent des sanctions futures. Et les banques, bien qu’elles puissent désormais servir les crypto, restent prudents. Elles ne veulent pas être sanctionnées pour avoir trop bien fait leur travail.
Le Nigeria, modèle pour l’Afrique ?
Le Nigeria n’est pas le seul pays africain à réguler la crypto. L’Afrique du Sud, le Kenya, le Ghana ont aussi mis en place des cadres. Mais le Nigeria est le plus grand marché. Son échelle change tout. Ce que le Nigeria fait, les autres pays regardent. Si la régulation nigériane réussit - si les entreprises s’installent, si les investisseurs retrouvent confiance, si la banque centrale parvient à contrôler sans étouffer - alors elle deviendra un modèle pour tout le continent.
Si elle échoue - si les licences sont trop rares, si les règles sont trop lourdes, si les arrestations continuent - alors la crypto retournera dans l’ombre. Et les Nigérians continueront à trader, mais cette fois sans protection, sans recours, sans transparence.
Que faire maintenant ?
Si vous êtes un utilisateur au Nigeria : attendez les directives officielles de la SEC. Ne vous fiez pas aux promesses des plateformes. Vérifiez si votre exchange est sur la liste des VASP autorisés. Gardez vos transactions enregistrées. Ne laissez pas vos fonds sur une plateforme non régulée.
Si vous êtes une entreprise : commencez dès maintenant la préparation de votre dossier de licence. Le processus prendra des mois. Le KYC, l’AML, la conformité technique - tout doit être parfait. Les premiers à postuler auront l’avantage.
Le Nigeria a fait un pas historique. Il a reconnu que l’interdiction ne marche pas. Mais le vrai défi, maintenant, c’est de faire en sorte que la régulation ne devienne pas une nouvelle forme de contrôle. Que la crypto ne soit pas un outil de liberté, mais un outil de surveillance. La ligne est fine. Et elle est en train d’être tracée - jour après jour.
Pourquoi la CBN a-t-elle interdit les crypto en 2021 ?
La Banque centrale du Nigeria (CBN) a interdit les crypto en février 2021 parce qu’elle les considérait comme une menace pour la stabilité financière. Elle craignait que les transactions non traçables ne favorisent le blanchiment d’argent, la fuite des capitaux et l’affaiblissement du naira. Le gouverneur de l’époque, Godwin Emefiele, a déclaré que ces activités « opaque » mettaient en péril la sécurité du système bancaire.
La possession de crypto est-elle légale au Nigeria aujourd’hui ?
Oui, posséder des crypto-monnaies est parfaitement légal au Nigeria depuis 2025. Ce qui était interdit, c’était l’accès aux services bancaires pour les transactions crypto. La loi ISA 2025 a légalement reconnu les crypto comme des actifs financiers, sous la supervision de la SEC. Aujourd’hui, vous pouvez acheter, vendre et détenir des crypto - tant que vous utilisez une plateforme licenciée.
Qu’est-ce qu’un VASP au Nigeria ?
VASP signifie Virtual Asset Service Provider - ou Fournisseur de Services sur Actifs Virtuels. C’est le terme officiel utilisé par la SEC du Nigeria pour désigner toute entreprise qui fournit des services liés aux crypto : échange, portefeuille, courtage, minage, etc. Pour opérer légalement, un VASP doit obtenir une licence de la SEC et respecter les normes KYC/AML.
Les banques peuvent-elles encore refuser de servir les entreprises crypto ?
Oui, mais seulement si l’entreprise n’est pas licenciée. La CBN autorise les banques à travailler avec les VASP enregistrés. Elles ne sont pas obligées de servir tous les acteurs, mais elles ne peuvent plus refuser simplement parce qu’une entreprise est dans la crypto. Le refus doit maintenant être justifié par des risques concrets de non-conformité, pas par une préférence idéologique.
Pourquoi Binance a-t-il été ciblé en 2024 ?
Binance a été ciblé parce qu’il est la plateforme la plus utilisée au Nigeria - et la moins régulée. Les autorités accusent l’entreprise de faciliter des transferts d’argent non traçables, ce qui complique la lutte contre le blanchiment. L’arrestation de deux de ses dirigeants en mars 2024 était un avertissement : même les géants internationaux ne sont pas au-dessus de la loi. Cela montre que la régulation est sélective : elle vise les acteurs trop puissants pour être contrôlés.
Quelle est la prochaine étape pour la crypto au Nigeria ?
La prochaine étape est la mise en œuvre pratique. Les licences VASP doivent être délivrées. Les seuils de déclaration doivent être fixés. Les banques doivent former leurs équipes. Et surtout, les autorités doivent arrêter de menacer les utilisateurs. Si la SEC agit avec transparence et cohérence, la crypto peut devenir un pilier du système financier nigérian. Sinon, elle restera un marché parallèle, dangereux et non protégé.
Jeanette Lesbirel
janvier 28, 2026 AT 03:48Nathalie Farigu
janvier 29, 2026 AT 05:48Tom Sheppard
janvier 30, 2026 AT 09:35Brigitte ROYAL
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