Priorité dans le mempool et sélection des transactions sur les blockchains
janv., 15 2026
Quand vous envoyez une transaction sur une blockchain comme Bitcoin ou Ethereum, elle ne part pas directement dans un bloc. Elle attend. Dans une file d’attente invisible, appelée mempool. Ce n’est pas un simple répertoire. C’est un système vivant, dynamique, où des milliers de transactions se battent pour être les premières à être incluses dans le prochain bloc. Et ce qui décide qui passe en premier ? Ce n’est pas la date d’envoi. Ce n’est pas la taille de votre portefeuille. C’est le prix que vous êtes prêt à payer.
Qu’est-ce que le mempool ?
Le mempool, ou memory pool, c’est l’endroit où les nœuds du réseau stockent temporairement les transactions non confirmées. Chaque nœud - qu’il soit minérateur, validateur ou simplement un ordinateur qui suit la blockchain - a son propre mempool. Quand vous envoyez 0,5 BTC à un ami, votre transaction est diffusée sur le réseau. Les nœuds la reçoivent, la vérifient, puis la placent dans leur mempool. Mais elle n’est pas encore sur la blockchain. Elle n’est pas encore définitive. Elle est juste en attente.
Le mempool agit comme une zone tampon. Sans lui, le réseau serait saturé à chaque pic d’activité. Imaginez un aéroport sans file d’attente : chaque avion atterrit dès qu’il arrive. Ce serait le chaos. Le mempool, lui, permet au réseau de gérer les pics de trafic. Il trie, il attend, il organise. Et c’est là que la sélection commence.
Comment les transactions sont-elles choisies ?
Les mineurs (ou validateurs) ne prennent pas les transactions au hasard. Ils cherchent à maximiser leurs gains. Pour eux, chaque bloc a une taille limite. Sur Bitcoin, c’est environ 1 MB (ou 4 MB avec SegWit). Sur Ethereum, c’est une limite en gaz (gas limit). Chaque transaction occupe de l’espace. Et chaque espace, c’est de l’argent en pot.
Le facteur le plus important ? Le frais de transaction. Plus le frais est élevé, plus la transaction a de chances d’être choisie en premier. C’est un marché libre. Si vous voulez que votre transaction soit confirmée en 5 minutes, vous payez plus. Si vous pouvez attendre 2 heures, vous payez moins. Les mineurs trient les transactions du plus haut au plus bas frais. C’est aussi simple que ça.
Mais ce n’est pas le seul critère. La taille de la transaction compte aussi. Une transaction avec 10 entrées et 5 sorties occupe plus d’espace qu’une transaction simple avec 1 entrée et 1 sortie. Même si elle a un frais élevé, elle peut être moins intéressante si elle prend trop de place. Un mineur préférera cinq transactions de 200 octets à une seule de 900 octets, même si la grande a un frais total plus élevé.
La durée d’attente peut aussi jouer un rôle. Certains mineurs donnent un petit coup de pouce aux transactions vieilles - celles qui attendent depuis plusieurs heures. C’est pour éviter que des transactions à faible frais ne restent bloquées des jours. Mais ce n’est qu’un facteur secondaire. Si une nouvelle transaction arrive avec un frais deux fois plus élevé, elle dépassera toutes les anciennes.
Le rôle du nonce et de la séquence
Si vous envoyez plusieurs transactions depuis le même portefeuille, il y a un petit piège. Chaque transaction doit avoir un nonce unique. C’est un nombre qui augmente de 1 à chaque transaction envoyée depuis une adresse. Si vous envoyez une transaction avec le nonce 5, puis une autre avec le nonce 3, la deuxième sera rejetée - ou bloquée dans le mempool - jusqu’à ce que la première soit confirmée.
Cela crée des files d’attente internes. Même si la transaction avec le nonce 3 a un frais très élevé, elle ne peut pas être traitée tant que la transaction avec le nonce 4 n’est pas incluse. C’est comme si vous essayiez de passer à la caisse en ayant oublié votre ticket numéro 3. Vous devez attendre que la personne avant vous soit servie, même si vous avez payé en cash.
C’est pourquoi, lorsqu’un portefeuille est très actif, il faut surveiller les nonces. Certains portefeuilles modernes gèrent cela automatiquement. D’autres vous laissent vous débrouiller. Et quand vous avez une transaction bloquée, tout ce qui vient après l’est aussi.
La congestion : quand le mempool déborde
Quand le réseau est saturé - pendant une hausse brutale du prix de Bitcoin, un lancement de NFT, ou une vague de transactions spam - le mempool se remplit à une vitesse folle. À ce moment-là, les frais montent en flèche. Sur Bitcoin, en décembre 2024, les frais moyens ont atteint 80 satoshis par octet. Pendant les pics, certains ont payé plus de 200 satoshis. C’est 10 fois le prix normal.
Les utilisateurs qui ont fixé un frais bas se retrouvent coincés. Leur transaction peut rester dans le mempool pendant des heures, voire des jours. Certains se demandent si leur transaction a disparu. Non. Elle est toujours là. Elle attend. Mais personne ne la prend, parce que d’autres offrent plus.
C’est là que les outils de gestion des frais deviennent essentiels. Les portefeuilles comme Electrum, Exodus ou MetaMask proposent maintenant trois niveaux : bas, moyen, élevé. Certains vont même plus loin : ils estiment le temps de confirmation en fonction du mempool actuel. Si vous choisissez « élevé », ils calculent automatiquement le frais nécessaire pour être inclus dans les 3 prochains blocs.
Les conséquences pour les utilisateurs
Comprendre le mempool, c’est comprendre comment gérer son argent sur la blockchain. Si vous payez des frais trop bas, vous risquez de devoir attendre. Si vous payez trop, vous gaspillez de l’argent. Le bon équilibre, c’est la stratégie.
Par exemple : si vous envoyez un paiement pour un achat en ligne qui exige une confirmation rapide, optez pour le niveau « élevé ». Mais si vous transférez des fonds d’un portefeuille à un autre, et que vous n’êtes pas pressé, choisissez « bas ». Vous économiserez peut-être 80 % des frais.
Et si vous êtes un trader ? Les transactions de swap sur les DEX (exchanges décentralisés) doivent être rapides. Un retard de 10 minutes peut vous coûter des centaines de dollars. C’est pourquoi les traders utilisent des outils comme Flashbots ou des services de prioritisation. Ils paient des frais élevés, mais ils savent exactement combien et pourquoi.
Le futur : optimisation et alternatives
Les blockchains travaillent à améliorer la gestion du mempool. Ethereum a introduit EIP-1559, qui a changé la manière dont les frais sont calculés. Au lieu d’une enchère pure, il y a maintenant un frais de base brûlé (burned fee) et un bonus pour les mineurs. Cela rend les frais plus prévisibles.
Les solutions de couche 2, comme les Lightning Network pour Bitcoin ou les rollups pour Ethereum, réduisent la pression sur le mempool principal. Elles permettent des milliers de transactions hors chaîne, puis les regroupent en une seule transaction sur la blockchain principale. Moins de congestion. Moins de frais. Plus de vitesse.
Mais tant que les blockchains principales auront des limites de taille, le mempool restera un élément central. Il n’est pas parfait. Il n’est pas juste. Mais il est efficace. Il fonctionne comme un marché : ceux qui paient plus, passent en premier. Et c’est ce qui garde les mineurs motivés, même quand les récompenses de bloc baissent.
Comment agir en pratique ?
- Surveillez les frais actuels sur des sites comme mempool.space (Bitcoin) ou Etherscan Gas Tracker (Ethereum).
- Ne choisissez jamais « bas » si vous avez besoin d’une confirmation rapide. C’est un piège.
- Si une transaction est bloquée, vous pouvez la remplacer (RBF) si elle le permet - certains portefeuilles vous permettent d’augmenter le frais pour la faire avancer.
- Évitez d’envoyer plusieurs transactions en série sans vérifier les nonces.
- Utilisez les outils de prédiction des frais de votre portefeuille. Ils sont souvent précis.
Le mempool n’est pas un mystère. C’est une mécanique économique simple, mais puissante. Comprendre comment il fonctionne, c’est reprendre le contrôle de vos transactions. Pas besoin d’être un expert. Juste d’être conscient.