Réglementation et conformité des jetons d'utilité sur la blockchain
déc., 12 2025
Les jetons d'utilité ne sont pas des actions. Ils ne vous donnent pas de parts dans une entreprise, ni de dividendes, ni de droit de vote. Ce sont des clés. Des clés numériques pour accéder à un service, une fonctionnalité, ou une plateforme décentralisée. Mais aujourd'hui, ces clés sont de plus en plus surveillées. Et si vous les créez ou les utilisez, vous devez comprendre comment la loi les voit - et ce que cela change pour vous.
Qu'est-ce qu'un jeton d'utilité, vraiment ?
Un jeton d'utilité est conçu pour être consommé, pas pour être acheté dans l’espoir qu’il vaudra plus demain. Prenons l’exemple du Basic Attention Token (BAT). Il ne représente pas une part de la société Brave. Il ne vous paie pas d’intérêts. Il vous permet simplement d’être récompensé quand vous regardez des publicités sur le navigateur Brave, ou de payer des créateurs de contenu. Sa valeur vient de son usage, pas d’une promesse de profit.
Ces jetons sont généralement construits sur des blockchains comme Ethereum, Solana ou Binance Smart Chain. Ils suivent des normes techniques - comme ERC-20 ou SPL - pour fonctionner avec les portefeuilles et les dApps. Leur création implique de coder un contrat intelligent qui définit : combien de jetons existent, comment ils sont distribués, et ce qu’ils permettent de faire. Une fois déployé, ils sont souvent distribués via des ICO, des IDO, ou des airdrops.
La différence fondamentale avec les jetons de sécurité ? Les jetons de sécurité vous donnent un droit financier : part dans l’entreprise, part des bénéfices, droit de revente. Un jeton d'utilité, lui, vous donne accès à un produit. C’est une distinction simple - mais c’est celle que les régulateurs scrutent avec une loupe.
Le Howey Test : la règle américaine qui fait trembler les projets
Aux États-Unis, la Securities and Exchange Commission (SEC) ne regarde pas ce que vous dites que votre jeton est. Elle regarde ce qu’il fait, et comment les gens l’achètent. C’est le Howey Test. Trois critères :
- Un investissement d’argent
- Dans une entreprise commune
- Avec l’attente de bénéfices provenant des efforts d’autrui
Si votre jeton répond à ces trois points, même si vous l’appelez « utilité », la SEC le classera comme une sécurité. Et là, vous entrez dans un monde de rapports, d’enregistrements, de restrictions, et de risques de poursuites.
Comment éviter ça ? Deux règles simples :
- La valeur du jeton doit augmenter parce que plus de gens l’utilisent - pas parce que l’équipe fait du marketing ou promet des rendements.
- Il ne doit pas y avoir de promesses de profit, de partage de bénéfices, ou de contrôle centralisé sur sa valeur.
Un projet qui vend un jeton en disant « Vous allez gagner 50 % l’année prochaine » est déjà en danger. Un projet qui vend un jeton pour accéder à un réseau de stockage décentralisé, avec un prix fixe et une utilité claire, a plus de chances de passer au travers.
MiCA : l’Europe trace sa voie
En Europe, tout change avec le Markets in Crypto-Assets (MiCA). Entré en vigueur en juin 2024, ce règlement est le premier cadre complet au monde pour les actifs crypto. Il ne traite pas les jetons d'utilité comme des valeurs mobilières - à condition qu’ils répondent à certaines conditions.
MiCA exige que les jetons d'utilité soient :
- Conçus pour être utilisés dans un écosystème décentralisé
- Ne pas offrir de droits de propriété, de revenus ou de gouvernance financière
- Ne pas être liés à un actif hors chaîne (comme une action ou un bien immobilier)
Les émetteurs doivent publier un whitepaper clair, détaillant la technologie, l’utilité du jeton, et les risques. Les plateformes qui les échangent doivent être agréées. Et surtout : MiCA interdit les promesses de profit implicites. Si votre site web ou votre Twitter dit « Investissez maintenant », vous risquez d’être en infraction.
Contrairement aux États-Unis, où la réglementation est souvent faite au cas par cas, MiCA offre un cadre prévisible. Pour les projets européens, c’est une opportunité. Pour ceux qui veulent toucher l’Europe, c’est une obligation.
La conformité : ce qu’il faut faire avant de lancer
Ne lancez pas votre jeton sans une analyse juridique. Pas une opinion vague. Une véritable legal opinion signée par un avocat spécialisé en blockchain et en droit des valeurs mobilières.
Voici ce qu’un bon rapport de conformité doit couvrir :
- La structure du jeton : est-il vraiment utilisé ou simplement échangé ?
- Le modèle économique : quel est le lien entre la demande du service et la valeur du jeton ?
- Le contrôle : qui gère le réseau ? Est-ce une DAO ? Une équipe centrale ?
- Les juridictions ciblées : les États-Unis ? L’Europe ? La Suisse ? Chacune a ses règles.
Un projet qui ne vérifie pas ces points risque d’être bloqué par une exchange, poursuivi par la SEC, ou obligé de racheter ses propres jetons après un an. Ce n’est pas une hypothèse. C’est arrivé à plusieurs projets en 2023 et 2024.
Les pièges à éviter
Les erreurs les plus courantes ?
- Utiliser des termes comme « investissement », « rendement » ou « profit » dans vos communications. Même en français. Même si vous pensez que ça ne compte pas. Les régulateurs lisent tout.
- Donner des récompenses en jetons à des investisseurs pour avoir participé à la levée de fonds. C’est une forme de distribution de bénéfices. Cela rend votre jeton suspect.
- Créer un jeton avec une offre illimitée et des mécanismes d’inflation contrôlés par une équipe centrale. Cela ressemble à une manipulation de prix.
- Ignorer les juridictions. Vous pensez que vous êtes en Suisse ? Vos utilisateurs sont en Californie. La SEC s’en soucie.
Et puis, il y a le piège de la décentralisation. Un jeton qui fonctionne sur une blockchain, mais dont les décisions sont prises par 3 personnes dans un Discord, n’est pas décentralisé. Les régulateurs le savent. Et ils ne sont pas dupes.
Le futur : ce qui va changer en 2025 et au-delà
En 2025, deux grandes tendances vont façonner le paysage :
La première, c’est l’intégration des actifs réels (RWA). Des jetons qui représentent des immeubles, des obligations, ou des titres de propriété. La frontière entre utilité et sécurité devient floue. Un jeton qui vous donne accès à un appartement en location ? Est-ce un jeton d’utilité ou une sécurité ? Les tribunaux vont devoir trancher.
La deuxième, c’est la conformité programmée. Des contrats intelligents qui bloquent automatiquement les transferts si l’adresse de l’envoyeur n’est pas vérifiée. Ou qui empêchent les jetons de circuler si la personne n’a pas passé une KYC. Ce n’est plus de la science-fiction. C’est déjà en test en Suisse et à Singapour.
Et si le FIT Act passe aux États-Unis en 2025 ? Il pourrait désigner la CFTC comme régulateur principal pour les jetons d’utilité. Ce qui signifie : moins de poursuites, plus de règles claires. Mais aussi : plus de contrôle.
Que faire si vous lancez un jeton en 2025 ?
Voici les 4 étapes concrètes :
- Écrivez votre whitepaper sans promesses financières. Parlez de fonctionnalités, pas de prix futurs.
- Concevez votre jeton pour qu’il soit utile dès le lancement. Pas dans 6 mois. Dès le jour 1.
- Obtenez une legal opinion sur les juridictions où vous ciblez des utilisateurs. Ne vous contentez pas d’un avocat généraliste.
- Intégrez des mécanismes de conformité dans votre contrat intelligent. Limitez les transferts, vérifiez les adresses, bloquez les pays interdits.
Le jeton d’utilité n’est pas mort. Il est juste devenu plus sérieux. Ceux qui le construisent comme un outil, pas comme une spéculation, ont encore une chance. Les autres ? Ils risquent de payer le prix fort.
La décentralisation, votre meilleur allié
Le meilleur moyen de prouver que votre jeton est d’utilité, c’est la décentralisation. Une DAO qui gère les mises à jour, les votes, et les budgets. Des contributeurs du monde entier. Pas une équipe de 5 personnes à Lyon ou à San Francisco.
Les régulateurs commencent à regarder la gouvernance. Si les détenteurs de jetons décident ensemble de l’évolution du protocole - sans qu’un fondateur puisse imposer un changement - vous avez une chance solide de rester en dehors du champ des valeurs mobilières.
Le jeton d’utilité n’est pas une arme pour lever des fonds. C’est un moyen d’aligner les intérêts des utilisateurs et des développeurs. Faites-le bien, et il peut durer. Faites-le mal, et il disparaîtra sous une ordonnance de la SEC ou d’une amende MiCA.
James Angove
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