Restrictions sur la publicité crypto au Royaume-Uni : ce que impose la FCA en 2026

Restrictions sur la publicité crypto au Royaume-Uni : ce que impose la FCA en 2026 févr., 17 2026

En octobre 2023, le Royaume-Uni a imposé des règles strictes sur la publicité des crypto-actifs. Ces restrictions, mises en œuvre par l’Financial Conduct Authority (FCA), ont changé la façon dont les entreprises peuvent parler de Bitcoin, Ethereum ou tout autre actif numérique à des particuliers. Ce n’est pas une simple mise en garde. C’est une révolution réglementaire. Et elle a des conséquences réelles pour les entreprises, les investisseurs et même les plateformes comme Coinbase ou Kraken.

Quels crypto-actifs sont concernés ?

La FCA ne régule pas tout ce qui est crypto. Elle cible uniquement les crypto-actifs transférables et fungibles. Cela inclut les monnaies numériques comme le Bitcoin ou l’Ethereum, mais aussi les jetons utilitaires (ou « fan tokens ») qui peuvent être échangés sur des plateformes. Ce qui n’est pas couvert ? Les jetons non transférables, comme les NFT uniques, ou les actifs qui ne sont pas considérés comme des investissements. La distinction est cruciale. Si un jeton peut être vendu, échangé ou spéculé dessus, il tombe sous le régime de la FCA.

Le règlement repose sur la loi Financial Services and Markets Act 2000, modifiée en 2023. Pour la première fois, la publicité pour ces actifs est traitée comme une promotion financière. Cela signifie que les règles qui s’appliquent aux actions, aux obligations ou aux fonds d’investissement s’étendent maintenant aux crypto-actifs. Et ces règles sont très rigoureuses.

Les 4 règles de base de la FCA

Pour faire de la publicité, une entreprise doit respecter quatre exigences obligatoires :

  • Des avertissements de risque personnalisés : Chaque publicité doit afficher un avertissement clair, en gros, qui occupe au moins 20 % de l’espace visuel. Mais ce n’est pas un texte générique. Il doit être adapté à la connaissance et à l’expérience de la personne qui le voit. Si l’utilisateur a déjà investi dans des produits à levier, l’avertissement doit le dire. S’il est débutant, il doit être plus explicite.
  • Un délai de réflexion de 24 heures : Avant qu’un investisseur ne puisse acheter un crypto-actif, il doit attendre au moins 24 heures après avoir été contacté par une entreprise. Cette règle vise à empêcher les achats impulsifs. Une plateforme ne peut pas permettre un transfert ou un investissement avant ce délai.
  • La catégorisation des clients : Les entreprises doivent classer leurs utilisateurs comme « clients de détail » ou « clients professionnels ». Les particuliers sont considérés comme vulnérables. Les professionnels, eux, ont un accès plus large. Mais pour prétendre être un client professionnel, il faut prouver une expérience réelle en trading de produits financiers complexes.
  • Un test d’adéquation : Avant de proposer un produit, l’entreprise doit vérifier que l’investisseur comprend ce qu’il achète. Cela passe par un questionnaire sur la connaissance des crypto-actifs, l’expérience avec les produits à levier, et la compréhension de la volatilité des marchés.

Ces règles ne sont pas optionnelles. La FCA exige que les entreprises aient des systèmes techniques pour les appliquer. Cela signifie du code, des bases de données, des processus automatisés. Ce n’est pas une question de « faire attention ». C’est une question de conformité technique.

La publicité à la télévision et sur les réseaux sociaux : interdite

En octobre 2024, une nouvelle couche a été ajoutée. Le Broadcast Committee of Advertising Practice (BCAP), qui supervise la publicité à la télévision et à la radio, a interdit la diffusion de publicités pour les crypto-actifs transférables sur les chaînes grand public. Cela inclut les chaînes généralistes, les plateformes de streaming comme Netflix ou BBC iPlayer, et même les publicités sur YouTube ou Instagram si elles ciblent un public non spécialisé.

Seules les chaînes financières spécialisées - comme Bloomberg TV ou CNBC Europe - peuvent diffuser ces publicités. Et encore, seulement si elles respectent les règles de la FCA. Cela signifie que si une entreprise veut faire une campagne sur TikTok ou pendant un match de football à la télévision, elle ne le peut plus. Le public massif est hors de portée. La cible est désormais restreinte aux personnes qui ont déjà montré qu’elles comprennent les risques.

Des agents de la FCA surveillent des tableaux de bord numériques affichant des données de conformité, des archives et des délais de réflexion.

Les entreprises doivent garder des traces pendant 5 ans

Toute publicité, tout e-mail, tout message sur les réseaux sociaux, tout questionnaire envoyé à un client… doit être archivé pendant cinq ans. C’est une exigence légale. La FCA peut demander ces documents à tout moment. Si une entreprise ne peut pas produire une preuve qu’elle a respecté le délai de 24 heures ou qu’elle a bien évalué la connaissance d’un client, elle risque une amende.

Les amendes peuvent atteindre 10 % du chiffre d’affaires annuel. Pour une petite entreprise, c’est une somme fatale. La FCA a déjà identifié « plusieurs cas » où les entreprises n’étaient pas conformes. Elle ne punit pas tout de suite. Elle travaille avec elles pour les aider à se corriger. Mais elle a averti : « Si les entreprises ne s’améliorent pas, nous agirons. »

Les exceptions : les crypto ETN

Il existe une exception. Les crypto Exchange Traded Notes (crypto ETN) sont désormais accessibles aux particuliers, mais seulement si elles sont négociées sur des bourses britanniques approuvées par la FCA. Ce sont des produits structurés, pas des crypto-monnaies directes. Elles sont émises par des banques, et leur valeur est liée à un indice de crypto-actifs. Elles sont plus régulées, plus transparentes, et leur publicité est autorisée sous conditions strictes. Cela montre que la FCA n’interdit pas tout. Elle veut simplement contrôler les risques. Les produits trop dangereux sont exclus. Les produits plus structurés peuvent exister - mais avec des garde-fous.

Comparaison avec l’UE et les autres pays

L’Union européenne a adopté le MiCA en juin 2024. Contrairement au Royaume-Uni, MiCA permet une publicité plus large, à condition d’inclure un avertissement standard. La Suisse et Singapour sont encore plus permissives. Le Royaume-Uni est l’un des endroits les plus stricts au monde. Pourquoi ? Parce que la FCA considère que les crypto-actifs sont des investissements spéculatifs à haut risque. Elle ne veut pas que des gens perdent leur épargne à cause d’une publicité malveillante ou mal comprise.

Les États-Unis, eux, traitent la plupart des crypto-actifs comme des valeurs mobilières. Cela signifie qu’ils doivent être enregistrés auprès de la SEC. C’est un autre modèle. Le Royaume-Uni a choisi un compromis : pas d’enregistrement, mais des règles de publicité très strictes. C’est une approche différente, mais tout aussi contraignante.

Un public confronté à des publicités crypto interdites à gauche, un investisseur calme répondant à un questionnaire conforme à droite.

Les conséquences pour les entreprises

En mars 2024, seulement 15 entreprises sur 60 qui avaient demandé une autorisation temporaire ont obtenu une licence complète. Les autres sont toujours en attente. Beaucoup ont abandonné le marché britannique. Les coûts de conformité sont élevés. Développer un système de pré-qualification, intégrer des avertissements dynamiques, archiver des données pendant cinq ans… cela coûte cher. Les petites startups n’ont pas les ressources. Les géants comme Coinbase ont réussi à s’adapter, mais ils ont dû réorganiser toute leur communication.

La FCA a averti : « Ne comparez pas vos pratiques à celles des autres entreprises. » Le marché est plein de mauvaises pratiques. Ne pas faire comme les autres, c’est la règle. Il faut faire comme la FCA le demande. Et elle ne négocie pas.

Qu’est-ce qui vient ensuite ?

En mai 2025, la FCA a publié un document de réflexion (DP25/1) qui prépare le terrain pour une régulation plus large. Elle veut encadrer les plateformes d’échange, les services de prêt, le staking, et même la finance décentralisée (DeFi). Mais elle répète : « Les crypto-actifs resteront des investissements spéculatifs à haut risque. »

Le Royaume-Uni ne cherche pas à devenir un « hub crypto » en attirant les entreprises avec des règles légères. Il veut en devenir un en imposant des règles claires, rigoureuses, et surtout, protectrices. Le message est simple : si vous voulez toucher les particuliers britanniques, vous devez les protéger. Pas les séduire.

Et pour les investisseurs ?

Pour vous, particulier, cela veut dire que vous ne verrez plus de publicités pour le Bitcoin sur votre téléphone ou à la télé. Vous ne pourrez pas acheter un jeton crypto en cinq minutes après avoir vu une vidéo TikTok. Vous aurez un délai de réflexion. Vous devrez répondre à des questions sur votre expérience. Vous verrez des avertissements en gros sur chaque offre.

Et surtout : aucun des produits crypto ne bénéficie de la protection du Financial Services Compensation Scheme (FSCS). Si vous perdez votre argent, vous ne serez pas remboursé. C’est une réalité. La FCA ne vous protège pas contre les pertes. Elle vous protège contre les illusions.

La publicité crypto est-elle totalement interdite au Royaume-Uni ?

Non, elle n’est pas totalement interdite, mais elle est très limitée. Les publicités pour les crypto-actifs transférables sont interdites sur les chaînes grand public, les réseaux sociaux grand public et la télévision classique. Elles sont autorisées uniquement sur des plateformes financières spécialisées (comme Bloomberg) et seulement si elles respectent les règles de la FCA : avertissements personnalisés, délai de 24 heures, et vérification de l’expérience de l’investisseur.

Pourquoi la FCA impose-t-elle ces règles si strictes ?

La FCA considère que les crypto-actifs sont hautement spéculatifs et volatils. De nombreux particuliers ont perdu de l’argent à cause de publicités trompeuses ou mal comprises. Le but n’est pas d’empêcher l’innovation, mais d’éviter que les gens ordinaires soient exposés à des risques qu’ils ne comprennent pas. La FCA veut protéger les consommateurs, pas les freiner.

Quels sont les risques pour une entreprise qui ne respecte pas ces règles ?

Les entreprises peuvent être sanctionnées par la FCA avec des amendes allant jusqu’à 10 % de leur chiffre d’affaires annuel. En plus des amendes, elles peuvent perdre leur autorisation de faire de la publicité ou même être exclues du marché britannique. La FCA conserve les preuves de non-conformité pendant cinq ans et peut les utiliser pour bloquer toute demande d’autorisation future.

Les NFT sont-ils concernés par ces restrictions ?

Non, les NFT uniques (comme les œuvres d’art numériques ou les jetons de collection) ne sont pas concernés, car ils ne sont pas considérés comme des actifs transférables ou fungibles. Cependant, si un NFT est utilisé comme un jeton d’accès à un service ou comme un actif d’investissement (par exemple, un NFT qui donne droit à des revenus), il peut tomber sous le régime de la FCA. La distinction dépend de son utilisation, pas de sa forme technique.

Puis-je encore investir dans des crypto-actifs au Royaume-Uni ?

Oui, vous pouvez toujours investir. Mais vous ne pouvez plus être « démarché » par des publicités sur les réseaux sociaux ou la télévision. Vous devez chercher vous-même les plateformes autorisées, répondre à des questionnaires, attendre 24 heures avant d’investir, et accepter que vous n’aurez aucune protection si vous perdez de l’argent. La porte est toujours ouverte - mais elle est maintenant bien sécurisée.

1 Comment

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    Jeanette Lesbirel

    février 17, 2026 AT 21:19
    J'ai rien compris. Trop de mots. Juste dis-moi si je peux encore voir des pubs sur TikTok ou pas.

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