Cryptomonnaies clandestines sous le régime taliban : survie économique face à l'interdiction
févr., 6 2026
Depuis l'arrivée au pouvoir des talibans en août 2021, l'Afghanistan traverse une crise économique sans précédent. Malgré l'interdiction totale des cryptomonnaies en août 2022, un marché clandestin se développe, permettant à des millions d'Afghans de survivre. Selon les données de l'ONU, 97 % de la population risque de tomber sous le seuil de pauvreté en 2022, une augmentation de 25 % par rapport aux niveaux antérieurs. Les cryptomonnaies deviennent ainsi une lifeline vitale pour les transferts de fonds internationaux, malgré les restrictions religieuses et les sanctions internationales.
Une interdiction fondée sur la charia
Les talibans ont interdit toutes formes de cryptomonnaies en août 2022, les qualifiant de « haram » selon la charia. Leur justification principale : ces monnaies numériques manquent de soutien matériel et sont considérées comme une forme de spéculation interdite par l'islam. Cette décision a suivi une période de forte adoption spontanée après la prise de pouvoir des talibans en 2021. À cette époque, les sanctions internationales avaient gelé les réserves de change afghanes, paralysant le système bancaire traditionnel. Les Afghans ont alors cherché des alternatives, avec une augmentation de 80 % des transferts de cryptomonnaies depuis l'étranger.
Comment fonctionne le commerce clandestin ?
Malgré l'interdiction, les échanges pair-à-pair (P2P) persistent grâce à des réseaux informels. Bitcoin et USDT (Tether) sont les monnaies les plus utilisées. Le Bitcoin permet des transferts transfrontaliers, tandis que l'USDT, lié au dollar américain, sert aux transactions locales pour éviter la volatilité. Des applications comme HesabPay ont connu un succès rapide, avec plus de 380 000 utilisateurs en trois mois, avant d'être interdite. Aujourd'hui, les traders utilisent des réseaux décentralisés, souvent via des messageries cryptées ou des réseaux locaux sans internet.
| Monnaie | Utilisation principale | Avantages |
|---|---|---|
| Bitcoin | Transferts internationaux | Décentralisé, utilisé à l'échelle mondiale |
| USDT | Transactions locales | Stable, lié au dollar américain |
Des sanctions qui freinent l'économie
Les sanctions internationales contre le régime taliban ont plongé l'Afghanistan dans l'isolement financier. Les banques centrales ont cessé d'opérer, et les transferts de fonds traditionnels sont bloqués. Cela a créé un vide que les cryptomonnaies comblent. Par exemple, les familles afghanes reçoivent des aides de l'étranger via des portefeuilles numériques, souvent converties en espèces par des changeurs informels. Sans ces transactions, des millions de personnes ne pourraient pas acheter de nourriture ou de médicaments, malgré la disponibilité physique des biens de première nécessité.
Les défis de la surveillance
Les talibans ont tenté de réprimer le marché clandestin avec des arrestations et des raids, mais leur efficacité reste limitée. Seuls 8,64 millions d'Afghans sur 40 millions ont accès à internet, ce qui complique la surveillance. En septembre 2024, des coupures d'internet ont été imposées dans cinq provinces du nord (Kunduz, Badakhshan, Baghlan, Takhar, Balkh), réduisant la connectivité à moins de 1 % de la normale. Ces restrictions visent à bloquer « les activités immorales », mais elles touchent aussi les échanges commerciaux légitimes. Les traders afghans à la frontière pakistanaise ne peuvent plus envoyer des photos de produits à leurs clients, bloquant les ventes même hors cryptomonnaies.
Un impact humanitaire majeur
Le commerce de cryptomonnaies n'est pas juste une activité économique : c'est une question de survie. L'ONU estime que 20 millions d'Afghans ont besoin d'une aide humanitaire urgente. Les transferts de cryptomonnaies depuis l'étranger représentent jusqu'à 30 % des revenus des ménages vulnérables. Sans cette source, des familles entières risqueraient la famine. Des initiatives locales ont même émergé, comme des cours de formation sur les cryptomonnaies organisés clandestinement, malgré le risque de poursuites pénales.
Contrôles numériques et résistance
Le régime taliban étend ses restrictions au-delà des cryptomonnaies. En 2025, il a retiré les livres écrits par des femmes des universités et supprimé 18 cours sur les droits de l'homme. Ces mesures s'inscrivent dans une politique plus large de contrôle social, où l'internet est perçu comme un vecteur de « corruption ». Pourtant, cette répression a un effet inverse : elle pousse les Afghans à innover. Des réseaux mesh (réseaux sans serveur central) se développent, utilisant des appareils comme les radios amateurs ou les dispositifs de communication par satellite pour échanger des données hors ligne. Ces solutions marginales montrent la résilience d'une population face à l'autoritarisme.
Perspectives incertaines
L'avenir des cryptomonnaies en Afghanistan reste imprévisible. Si les sanctions internationales persistent, la demande pour des alternatives financières restera forte. Mais les talibans améliorent leur surveillance numérique, avec des outils de filtrage de trafic internet de plus en plus sophistiqués. Les experts s'accordent à dire que les cryptomonnaies ne disparaîtront pas, mais leur usage se limitera probablement à des réseaux très localisés et hors ligne. Pour les Afghans, cette bataille entre répression et innovation reflète une réalité plus large : comment survivre dans un pays où l'accès à l'information et aux ressources est constamment contrôlé.
Pourquoi les talibans interdisent-ils les cryptomonnaies ?
Les talibans considèrent les cryptomonnaies comme « haram » selon la charia, car elles manquent de soutien matériel et sont perçues comme une forme de spéculation interdite. Cette interdiction a été formalisée en août 2022 après une période d'adoption spontanée post-prise de pouvoir en 2021.
Quelles cryptomonnaies sont utilisées en Afghanistan ?
Le Bitcoin est privilégié pour les transferts internationaux, tandis que l'USDT (Tether) sert aux transactions locales grâce à sa stabilité liée au dollar américain. Ces deux monnaies représentent plus de 90 % des échanges clandestins en Afghanistan selon les données de 2025.
Comment les Afghans contournent-ils l'interdiction ?
Ils utilisent des réseaux pair-à-pair via des applications de messagerie cryptées (comme Signal) ou des réseaux mesh sans internet. Des transactions en espèces physiques sont aussi organisées dans des marchés locaux, où les cryptomonnaies sont converties en devises traditionnelles.
Quel impact ont les coupures d'internet ?
Les coupures d'internet, imposées dans cinq provinces du nord en 2024, ont réduit la connectivité à moins de 1 % de la normale. Cela complique les échanges transfrontaliers mais a aussi stimulé l'innovation, comme l'utilisation de réseaux par satellite ou de dispositifs radio amateurs pour communiquer hors ligne.
Les cryptomonnaies sauvent-elles des vies en Afghanistan ?
Oui, selon l'ONU. Les transferts de cryptomonnaies représentent jusqu'à 30 % des revenus des ménages vulnérables, permettant l'achat de nourriture, de médicaments et d'autres biens essentiels. Sans cette source, 20 millions de personnes supplémentaires seraient en danger d'insécurité alimentaire.