Accès aux DEX pour les Iraniens : Les échanges décentralisés face aux sanctions
févr., 27 2026
En Iran, accéder à un échange décentralisé (DEX) n’est pas une question de technologie, mais de survie. Alors que les banques traditionnelles sont coupées du monde, que les transferts internationaux sont bloqués, et que les devises étrangères sont devenues des biens de luxe, les Iraniens ont trouvé une autre voie : la blockchain. Mais ce n’est pas aussi simple qu’installer une application. Le gouvernement surveille tout. Les autorités veulent contrôler chaque transaction, chaque adresse, chaque coin. Et pourtant, malgré les interdictions, les sanctions, et les freezes massifs, des milliers d’Iraniens continuent d’utiliser des DEX. Comment ? Et quels outils fonctionnent vraiment en 2026 ?
Le contrôle total : la Banque Centrale d’Iran et la surveillance des transactions
Depuis janvier 2025, la Banque Centrale d’Iran (CBI) a pris le contrôle absolu du marché des cryptomonnaies. Toute personne qui trade, mine ou échange des actifs numériques doit obtenir une licence. Pas d’exception. Pas de marge de manœuvre. Et surtout : la CBI a accès à toutes les données. Tous les historiques de transactions, toutes les adresses, tous les montants. Même les transactions hors ligne doivent être déclarées. C’est une surveillance sans précédent. Pour un DEX, c’est un cauchemar. Comment contrôler un protocole décentralisé quand le gouvernement exige que chaque utilisateur soit identifié ?
Le résultat ? Les plateformes centralisées comme Nobitex, qui gèrent plus de 87 % des transactions en Iran, sont devenues des outils de surveillance. Elles ne sont plus juste des échanges - elles sont des extensions de l’État. Et quand Tether a gelé 42 adresses en juillet 2025, la plupart étaient liées à Nobitex. Ce n’était pas une attaque contre des fraudeurs. C’était une démonstration de pouvoir. Une mise en garde : « Vous ne pouvez pas nous échapper. »
Le grand virage : de l’USDT au DAI sur Polygon
Mais les Iraniens n’ont pas attendu qu’on leur donne la permission. Ils ont réagi. Après les gelés de Tether, une campagne massive a commencé. Des influenceurs, des groupes Telegram, même des canaux officiels ont encouragé tout le monde à vendre ses USDT et à les convertir en DAI - mais pas sur Ethereum. Sur Polygon.
Pourquoi Polygon ? Parce que c’est rapide. Parce que les frais sont 100 fois moins chers qu’Ethereum. Parce que les transactions sont presque instantanées. Et surtout : parce que les outils sur Polygon sont plus difficiles à traquer. Les adresses ne sont pas liées à des identités officielles. Les DEX comme Uniswap V3 sur Polygon est un protocole de trading décentralisé sur la chaîne Polygon qui permet d’échanger des tokens sans intermédiaire, avec des frais très bas et une latence minimale ou Curve Finance une plateforme de swap de stablecoins optimisée pour les échanges entre actifs de valeur similaire, comme DAI et USDC, avec des frais réduits fonctionnent sans exigence de KYC. Personne ne demande votre nom. Personne ne vérifie votre identité. Juste un portefeuille, une clé privée, et un VPN.
Cette migration n’était pas une mode. C’était une stratégie. Et ça a marché. Des études de transaction montrent que les échanges DAI sur Polygon ont augmenté de 320 % en seulement trois mois après les gelés de juillet 2025. Les Iraniens ont appris à contourner les sanctions… en changeant de réseau.
Le problème du VPN : une solution, mais pas une protection
Presque tous les Iraniens qui utilisent un DEX le font via un VPN. C’est la règle. Sans VPN, vous ne pouvez pas accéder à un seul site web étranger. Et pour cause : le gouvernement bloque les accès aux plateformes comme MetaMask, Uniswap, ou Coinbase. Mais un VPN ne protège pas de tout. Il masque votre IP, oui. Mais il ne masque pas votre comportement. Si vous utilisez un portefeuille lié à une adresse de Nobitex, ou si vous faites un transfert vers une adresse connue comme étant utilisée par des entités liées à l’IRGC, vous êtes repéré. La CBI a accès aux données des fournisseurs de services internet. Et si vous utilisez un VPN illégal, vous risquez une amende… ou pire.
Le vrai danger, ce n’est pas d’être bloqué. C’est d’être surveillé. Et d’être taxé.
La taxe sur les gains : quand l’État veut votre argent
En août 2025, l’Iran a introduit une nouvelle loi : la Loi sur la taxation de la spéculation et du profit. Pour la première fois, les gains sur les cryptomonnaies sont imposables. Comme les ventes de diamants, de biens immobiliers ou de devises étrangères. Vous avez vendu 10 000 DAI pour acheter un ordinateur ? Vous devez déclarer le gain. Vous avez miné du Bitcoin ? Vous devez payer 15 % de plus-value. Et la CBI a les outils pour le vérifier.
Ce n’est pas une taxe pour financer les services publics. C’est un outil de contrôle. Si vous ne déclarez pas, vous êtes considéré comme un fraudeur. Si vous déclarez, vous êtes dans le système. Et le système, c’est la CBI. Même les DEX ne sont pas à l’abri. Si vous utilisez un DEX pour trader, et que vous retirez des fonds vers une adresse locale, les autorités peuvent retracer le chemin. Et demander des preuves. Sans preuve ? Amende. Sans paiement ? Condamnation.
Les alternatives : quels DEX fonctionnent vraiment en 2026 ?
Alors, quels DEX les Iraniens utilisent-ils aujourd’hui ? Voici les trois qui ont survécu à la tempête :
- Uniswap V3 sur Polygon : le plus utilisé. Faibles frais, interface simple, pas de KYC. Idéal pour échanger DAI, USDC, ou des tokens locaux.
- Curve Finance (Polygon) : parfait pour échanger des stablecoins entre elles. Si vous avez des DAI et que vous voulez des USDC sans perdre de valeur, c’est votre meilleur choix.
- 1inch (Ethereum et Arbitrum) : un agrégateur. Il cherche le meilleur prix sur plusieurs DEX. Utile pour les grands volumes, mais plus risqué : les frais sur Ethereum peuvent exploser.
Les autres ? Oubliez. Binance, Coinbase, Kraken : bloqués. SushiSwap, PancakeSwap : trop lents, trop chers, trop surveillés. Les Iraniens ne jouent pas avec les mauvais outils. Ils vont là où ça marche. Et là où ça marche, c’est sur Polygon.
Le paradoxe : l’État autorise le minage… mais pas les mineurs
On pourrait penser que l’Iran, avec ses centrales électriques inutilisées, serait un paradis pour les mineurs. Et pourtant. En 2024, le pays a connu des coupures de courant massives. Les autorités ont accusé les mineurs clandestins. Des centaines de fermes illégales ont été détruites. Les mineurs légaux ? Ils doivent vendre TOUT leur Bitcoin à la Banque Centrale, à un prix fixé par l’État. Et ils paient des tarifs énergétiques 300 % plus élevés que les foyers ordinaires. Résultat : la majorité des mineurs ont arrêté. Ou ont déménagé en Turquie. Ou travaillent dans l’ombre.
C’est un paradoxe : l’État veut contrôler les cryptomonnaies, mais ne peut pas les éliminer. Parce que les gens en ont besoin. Pour survivre. Pour envoyer de l’argent à leur famille à l’étranger. Pour acheter du médicament que les banques ne livrent pas.
Le futur : contrôle ou adaptation ?
En 2026, l’Iran est au bord d’un précipice. D’un côté, le gouvernement renforce ses lois, ses outils de surveillance, ses sanctions. De l’autre, les citoyens apprennent à utiliser des réseaux plus résistants, plus rapides, plus anonymes. Les DEX ne vont pas disparaître. Ils vont évoluer. Vers des protocoles plus décentralisés. Vers des solutions basées sur des chaînes latérales. Vers des mécanismes de mixage de transactions.
Le vrai défi, ce n’est pas d’accéder à un DEX. C’est de le faire sans être vu. Sans être taxé. Sans être arrêté. Et pour cela, les Iraniens ont déjà trouvé leur méthode : utiliser les outils que le système ne contrôle pas. Et rester silencieux.